27/03/2016

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Un jour, un homme de ma connaissance m’a dit qu’il aimait les femmes petites car elles étaient « maniables ».  Cette maniabilité faisant référence, j’imagine, à la possibilité de tourner et retourner facilement lesdites femmes durant l’acte sexuel. Cela traduit bien sûr l’immense mépris de cet homme vis-à-vis des femmes, grandes ou petites, mais également sa faible considération de l’implication de ces dernières dans l’échange amoureux. Heureux l’homme qui sait manœuvrer, heureuse la femme qui se laisse faire. Inutile de préciser, ma chérie, que je n’ai pas couché avec cet homme. Mais je repense aujourd’hui à cette goujaterie sans nom et au caractère immonde de ce lexique mécanique pour évoquer la femme. Et je réalise que tu vas naître fille et – fatalement – devenir femme. Et vois-tu mon amour, je voudrais que jamais tu ne te sentes obligée d’être maniable, ou docile, et que jamais aucun homme, face à toi, n’ose proférer de telles horreurs. Comment te préparer à la dure réalité des rapports entre les sexes ? Comment faire de toi une femme confiante et forte, ne s’en laissant pas conter mais capable de don, d’abandon, de tendresse, d’amour. Une femme qui décide, qui propose, qui prend en main sa vie et sa sexualité, qui ne se laisse faire que parce qu’elle le désire. Qui ose dire à quelqu’un qui lui plaît, qui aime et accepte d’entendre qu’elle plaît. Tout cela, bien sûr, est bien loin de nous aujourd’hui et toi seule décidera de la femme que tu souhaites devenir. Je serai sans doute émerveillée ou ébranlée par tes choix. La quête, puis la conquête, de la féminité sont le chemin de toute une vie et j’espère qu’au détour d’un carrefour nous nous rencontrerons parfois.