26/10/2015

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Mais tu es enceinte ? Mais ça ne se voit pas du tout ! Que voient-ils de toute façon ? Nul ne saurait nous voir, toi et moi, seuls au milieu des autres. Un ventre montgolfière te rendrait-il vraiment plus évident aux yeux de ces simplistes pour qui une femme enceinte n’existe que grosse, un bébé n’existe que rouge et braillard ? S’ils savaient mon amour à quel point je suis enceinte. Mon ventre trop plat mais mon cœur et mon cerveau gonflés de toi. Moi, déjà maman, toi, déjà bébé, déjà recroquevillé nu sur mon corps nu, lorsque tu naîtras. Toi rampant, tétant, vomissant et vagissant. Toi chiant et pissant et riant et courant. Moi déjà inquiète, déjà fière, déjà dépassée par ta force, tes envies. Déjà incomprise, ne te comprenant pas, pleurant lorsque la première fois on t’arrachera à moi. J’ai rêvé de toi, cette nuit, tu étais une fille, tu t’appelais Madie. C’est ce qui est prévu, n’adviendra peut-être pas. Tout ton monde est déjà au creux de moi et on me parle de kilos. Ce ne sont pas des kilos, ce sont des kilomètres de possibilités que je porte, que tu portes. Voilà pourquoi, toi, qui, paraît-il, a la taille d’une pomme, ma pink lady, mon golden boy, voilà pourquoi tu pèses une tonne, tu mesures 2 mètres, tu prends tes racines au fond de mon enfance et s’élève bien au-dessus de ma mort. Voilà pourquoi tu es immense, tu es le bébé, l’enfant, l’adulte et le vieillard. Voilà pourquoi je suis on ne peut plus enceinte, on ne peut plus fille, on ne peut plus mère, on ne peut plus femme. Sans kilo, je fais 100 kilos. Le ventre plat, je suis ronde comme la Terre. Sans ta peau, sans ta voix, je suis déjà ta Mère.