24/03/2016

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La lune éclaire comme en plein jour. Se peut-il que des gens dorment avec une lune pareille ? Pas nous en tout cas. Nous, nous profitons malgré nous du spectacle. Ça console un peu de contempler, au travers du velux du salon, cette sphère parfaite. Je me plais à me dire qu’elle est à mon image ronde et pleine. Je suis, par contre, tout sauf lumineuse. Ma mine de papier mâché après une série de nuits découpées, en kit. Moi qui ai toujours trouvé refuge dans le sommeil, il se soustrait aujourd’hui à moi avec un acharnement exaspérant. Chaque nuit, le même rituel cassé. Le coucher – qui auparavant était suivi de peu par un délicieux naufrage dans les bras de Morphée – le coucher est aujourd’hui inlassablement suivi d’une phase d’allers-retours d’un côté à l’autre de ma propre personne. Le but étant de contourner, physiquement et mentalement, le ballon trop gonflé qui entrave tout mon être. Gauche, droite, genoux relevés, jambes étendues, coussin placé entre les cuisses. Chaque tentative donne lieu à quelques minutes de confort éphémère. J’ai l’illusion de tomber dans le sommeil. Jusqu’à ce qu’un bras, une jambe, un pied – l’un des miens ou l’un de ceux de ma fille – me rappellent l’inconfort et que je fasse une nouvelle tentative. A côté de moi, l’homme respire paisiblement. Grogne parfois, me pousse souvent pour que je cesse mes soubresauts. Mue par la culpabilité, l’homme travaille demain, ou simplement par un amer constat d’échec, je ne m’endormirai pas, du moins pas maintenant, je finis toujours par me relever. La nuit m’angoisse, c’est en elle que je dois trouver les ressources mais que faire la nuit à part dormir ? Je crois que les programmes TV entre 2h et 6h du matin sont des pousse-au-crime pour toute personne désireuse d’en finir. Vacuité extrême. Lecture et écriture demandent une sérénité que je trouve difficilement en ces heures noires. Je dois donc dépasser et la frustration d’être abandonnée par mon sommeil chéri et l’angoisse et l’ennui. Aujourd’hui, alors que ce rythme étrange devient quotidien je ne peux que redouter les mois qui m’attendent lorsque Madie sera là. Les nuits dictées par ce petit être immature et affamé à qui j’aurai à offrir mon sein, pour qui je sacrifierai mon repos sur l’autel de la maternité. Parfois j’ai juste peur, parfois je suis en colère contre elle pour ce qu’elle me fait subir par anticipation. En colère aussi contre son père dont les nuits sont lisses et belles, comme avant. En colère contre moi qui ne sait pas profiter de ces derniers jours de fusion. Dernières heures que je voudrais habillées de plénitude et de tendresse mais qui sont trop souvent travesties par le doute, la peur et une panique sourde. Les qu’ai-je-donc-fait du début deviennent des qu’ai-je-donc-fait de fin, le cycle se termine. Bientôt il faudra passer au cycle suivant. Un cycle dans lequel nous serons trois, où mon corps ne sera plus maison, où je n’aurai plus le contrôle, où je devrai laisser la place à un bébé, à un papa. Se peut-il que des gens dorment avec des interrogations pareilles ?