15-04-2016

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Mon ventre lisse comme une mer d’huile. Aucun signe ne laisse entrevoir, dans ce calme, la tempête. A deux jours du terme, l’attente insupportable. Dans ma tête, comme une énorme horloge comtoise. La même qui, lorsque j’étais enfant, chez ma nounou, émiettait les interminables débuts d’après-midi passés devant la télé en attendant que le vieux se réveille. Cela durait, durait et il me semblait que jamais le sombre gong ne retentirait. Il retentit toujours, comme le coucou sort toujours de sa niche l’heure venue. Je suis simplement face à une montre sans aiguille qui continuerait de fonctionner sans que j’aie aucun moyen de repérer minutes et secondes.

Picotements, pesanteurs, tiraillements, tourner-bouler de ma fille, tout est suspect. Chaque matin, l’espoir, l’envie, l’impatience. Chaque soir, la déception, la peur – serai-je mangée demain ? Et à quelle sauce ?

Et l’impatience des autres aussi. Les messages me parvenant par tous les canaux modernes imaginables. Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Deux semaines déjà à répondre « Non, toujours pas, on attend. » Deux semaines de « Bon courage ! » et de « Il nous tarde ».

Ces deux valises ouvertes dans la chambre de Madie, deux béances en attente d’une trousse de toilette, d’une dernière petite chose à ajouter avant de partir. Elles sont prêtes depuis tellement longtemps maintenant que j’ai le sentiment qu’elles se sont fossilisées dans le décor. Leur aspect utilitaire m’échappe aujourd’hui. Aura-t-on vraiment besoin, un jour, de boucler ces deux valises, de les charger dans le coffre de la voiture ou ne sont-elles que des éléments de folklore ? Des accessoires qui, comme mon gros ventre, feraient penser à la présence d’une femme enceinte dans ces murs mais qui ne seraient en fait qu’une représentation de la réalité, comme si tous ces mois étaient une répétition générale, un jeu de gosses,  un truc pour de faux.

Mon ventre gonflé est devenu un élément permanent de mon être. Chaque matin trouve sous mes mains cette proéminence étrange qui perd peu à peu de son in congruité pour devenir une part de ce que je suis. Femme enceinte à perpétuité, une condamnation inédite qui me semble néanmoins de plus en plus plausible au fur et à mesure des jours qui passent.